La religion musulmane régit les rapports de ses adeptes avec les autres communautés religieuses. Même si le bon voisinage est préconisé, l’Islam ne permet pas au musulman de prier pour le repos de l’âme d’un défunt d’une confession différente. Il est aussi interdit de se recueillir devant la tombe d’un non musulman tout comme il n’est pas permis à une musulmane d’épouser un homme d’une religion différente.
Tout part d’une banale conversation d’amis. Abdou informe : « Madame F. a perdu son époux la semaine dernière ». Ah bon ! Soupire, tout attendri, Babacar qui s’empresse d’ajouter : « je vais l’appeler pour lui présenter mes condoléances ». Séance tenante, Babacar veut joindre l’acte à la parole. Il prend son téléphone. La démarche de Babacar est subitement stoppée par son ami Abdou qui veut savoir exactement les termes de sa conversation avec la veuve. « Que vas-tu dire à Mme F. ? » demande Abdou à Babacar qui, spontanément, répond : « C’est simple, je lui présente mes condoléances et prie pour le repos de l’âme du disparu ». De manière catégorique, Abdou veut faire des précisions : « Attention », dit-il à Babacar. « L’époux de Mme F. n’était pas musulman », précise Abdou. Il enchaîne : « Donc, tu dois juste te limiter à présenter tes condoléances ». Formel, Abdou rappelle à Babacar : « tu ne peux, en aucun moment, prier pour le repos de son âme ». Sans donner la sourate encore moins le verset, Abdou dit s’appuyer sur le Saint Coran pour fonder ses propos.
Mais Cheikh Fall n’a jamais cessé de clamer son innocence. Même après sa condamnation, il n’a pas varié d’un iota sur ses dénégations, obligeant son avocat à interjeter appel.
L’affaire paraît invraisemblable, mais elle se passe bien au Sénégal. Un non-voyant du nom de Cheikh Fall, âgé d’un peu plus de 25 ans, qui a perdu l’usage de ses yeux depuis la naissance, a été arrêté en 2008, jugé pour viol de sa demi-soeur de moins de 13 ans et condamné à 10 ans de prison ferme. Depuis lors, il purge sa peine.
Lors de son jugement ce lundi devant la Cour d’appel de Dakar, Cheikh a révélé qu’il est victime des brimades et manigances de sa belle-mère depuis que cette dernière a rejoint le domicile conjugal suite au décès de sa mère. La nouvelle épouse de son père l’a tellement brimé qu’il a été obligé de quitter la maison paternelle pour être hébergé par ses voisins. C’est là-bas, dit-il, qu’il a été arrêté suite à une plainte pour viol sur sa demi-sœur.
Et c’est parti pour un mois de conférences, de causeries, de prêches et de débats qui se suivent et se ressemblent, et dont les animateurs et prédicateurs, dans leur one-man-show, se servent à volonté dans le livre saint pour mettre à disposition des fidèles du dimanche, toutes les recommandations qui les rapprocheraient de leur Seigneur bienfaiteur et les éloigneraient de la damnation. Les mosquées ne désemplissent pas ; on décline un chapelet par ci, un voile par là, on s’habille en blanc, turban ou djellaba, le cure-dents bien en vue, pour montrer à tout le monde que nous ne sommes pas dans notre état habituel, pour ne pas dire ‘normal’.
Mon Dieu ! Dans quel pays sommes-nous, où depuis plus de deux semaines, les radios, télés et journaux rivalisent et ne parlent que de Dieu, de son prophète, et de son livre saint ? Tel un phénomène de mode, le mois « béni » du ramadan est l’occasion rêvée pour les imams et prêcheurs en perte d’audience et de public, d’investir les médias pour redorer leur blason et sermonner les néophytes et mauvais croyants dans un prosélytisme de circonstance.